NOTE DE L'ÉDITEUR
Jénia Berkovitch est une metteuse en scène et poétesse russe, née en 1985. Elle a notamment mis en scène la pièce Finist, le clair faucon, écrite par la dramaturge et scénariste Svetlana Petriïtchouk et jouée pour la première fois en 2020. Cette pièce est récompensée en 2022 par le prix théâtral le plus prestigieux de Russie, le Masque d'or. Mais en 2023, Jénia Berkovitch et Svetlana Petriïtchouk sont arrêtées pour leur spectacle et accusées d'« apologie du terrorisme ». Au terme d'un procès qui a traîné en longueur, elles sont toutes deux condamnées en 2024 à six ans de colonie pénitentiaire.
Le scandale autour de cette affaire judiciaire montée de toutes pièces a occulté une autre facette de Jénia Berkovitch, celle d'une poétesse d'un immense talent. Cela se comprend : ses poèmes ont toujours été éparpillés et circulent pour l'essentiel sur les réseaux sociaux. Très peu de traductions ont été faites, uniquement dans des revues ou des anthologies.
Le présent recueil poursuit un double objectif : rendre à cette œuvre poétique sa vraie dimension et attirer l'attention sur la situation de l'autrice, qui ne fait qu'empirer dans la colonie pénitentiaire où elle purge sa peine, au point que sa vie est désormais en danger.
Le volume réunit les poèmes qu'elle a écrits entre 2021 et 2026 et s'articule autour de deux axes : la guerre et la prison. La guerre injuste et criminelle contre l'Ukraine et l'humiliante expérience carcérale ont en commun d'isoler l'individu, en brisant ses liens familiaux, professionnels, sociaux, en le laissant seul face à lui-même et à sa conscience. Seul ? Pas vraiment, car d'autres liens en deviennent d'autant plus forts : l'histoire, qui fournit des analogies et nourrit la réflexion, et surtout la littérature. L'œuvre de Jénia Berkovitch est littéralement gorgée de références à de grands poètes russes, et on y trouve aussi des allusions à la Bible ou à des chansons et textes contemporains, élargissant le champ de sa poésie pour toucher à l'universel.
Le voisinage du sordide et du sublime, le mélange des registres, allant de l'obscène au délicatement poétique, les nombreuses références disséminées à travers les textes, tout cela les rend extrêmement difficiles à traduire. Nous remercions les traductrices et le traducteur qui ont relevé ce défi : Eva Antonnikov, Nastasia Dahuron, Marion Graf, Eva Graphova, Guilhem Pousson, Marina Skalova, Christine Zeytounian-Beloüs.
Nous remercions également Alexey Voïnov, écrivain et traducteur en exil, qui a réuni les poèmes éparpillés dans le cyberespace, établi le dossier concernant « l'affaire Berkovitch » et postfacé le recueil.